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Laurent Impeduglia

Laurent Impeduglia

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www.impeduglia.com

Biographie

Laurent Impeduglia est né à Liège (Belgique) en 1974, dans une famille francophone aux origines siciliennes et flamandes. Il est l’un des jeunes artistes contemporains belges à avoir le plus intensément assimilé les mythologies de sa génération, nourrie de comics, dessins animés, films de série B, jeux vidéos et musique punk-rock.

Son œuvre plastique se déploie sur une multitude de supports et formats – peintures à l’huile, aquarelles sur papier, dessins, sculptures, installations… Dans un registre pictural sauvage, elle fait appel à un large registre de signes iconographiques, de symboles ésotériques ou alchimiques, d’allusions aux jeux de l’enfance.

Impeduglia met en scène de manière sarcastique le monde d’aujourd’hui et les valeurs aliénantes que sont l’art, le travail, l’argent, et toutes formes de croyances, diffusant dans ses œuvres une solide dose d’humour noir. Cet aspect ironique est tempéré par une aspiration à davantage de sérénité, sans mysticisme, où la recherche personnelle se conjugue à la pratique artistique.

Laurent Impeduglia vit à Liège avec sa compagne et ses deux enfants, et enseigne le dessin à l’Académie des Beaux-Arts/Ecole supérieure des arts de la Ville de Liège.


LAURENT IMPEDUGLIA, VOYAGES AU CENTRE DE LA TERRE

S’il était né au lointain XIXe siècle, sans doute Laurent Impeduglia aurait-il pu incarner – avec l’autodérision qui le caractérise dans la vie courante, et en plus déchaîné – Axel, le jeune neveu du professeur Otto Lidenbrock dont Jules Verne raconte l’extraordinaire et tumultueuse expédition dans Voyage au centre de la terre. Cratère volcanique, montagnes, cheminées, gouffres, galeries, et surtout une gigantesque caverne, dans un environnement d’eau, d’air, de soufre, de fumerolles et de feu : voici des éléments qui, réunis, suggèrent un univers apocalyptique dont Laurent Impeduglia, notre contemporain, a retrouvé les traces, et dont il escalade lui aussi, avec une curiosité toute plastique, quelques-uns des reliefs accidentés, à travers ses peintures, sculptures, installations et dessins.

Jules Verne a fait paraître son Voyage en 1864, et Laurent Impeduglia, osons le dire, a fait mieux encore : il est né exactement un siècle et dix années plus tard. Cet Axel barbichu et à casquette, dont le clin d’œil canaille signe le goût prononcé de l’ironie vacharde, est originaire de Liège, où il enseigne le dessin à l’Académie des Beaux-Arts. Il livre depuis une dizaine d’années, dans un parcours international, les chapitres d’une œuvre furieusement nourrie de couleurs vives et de lettrages explosifs, manipulant une forte charge iconoclastique et de solides cartouches d’humour burlesque pour mieux faire sauter quelques valeurs sociétales – qu’on pourrait dans un monde global identifier à l’art, l’argent, le travail, les religions et croyances de tout ordre. Mais l’œuvre d’Impeduglia jongle également avec les références culturelles de sa génération, née en même temps que le développement commercial des consoles de jeux vidéo, ainsi qu’avec les symboles, plus ésotériques, des alchimistes et des chercheurs intemporels de l’absolu – lequel reste, comme chacun sait, encore à découvrir avant de pouvoir incidemment le définir.

Une jeunesse baignée par la culture punk-rock assez barje de deux décennies, celles des années 80-90, mais également marquée par la disparition brutale de son frère aîné, a également irrigué de manière parfois très visible, parfois souterraine, le monde de l’artiste. Bien que sorti par la porte d’une académie des beaux-arts, avant d’y rentrer plus tard par la fenêtre en tant qu’enseignant, il ne se réclame d’aucune espèce d’école, si ce n’est celle du monde d’aujourd’hui. On y trouvera aussi bien le street art américain de la fin du XXe siècle que la peinture néo-figurative allemande, ou les artistes belges Walter Swennen et Jacques Lizène. Impeduglia a participé tout un temps à l’aventure underground du collectif liégeois Mycose, producteur de publications et fanzines cheap à l’énergie saccageuse : le groupe s’est auto-dissous sans remord et comme de juste, peu après avoir été reconnu par un prix de la BD alternative au Festival d’Angoulême en 2006. Mais un an plus tôt, Impeduglia se lançait déjà dans un projet solo, qui par son titre (In Gold We Trust) tirait déjà à boulets rouges sur le marché de l’art, ses classifications à rotation rapide, et ses pratiques spéculatives : l’artiste n’est pas dupe, qui sait que le classement dans les tiroirs artistiques se confond parfois trop aisément avec le tiroir-caisse. Et lui déteste s’ennuyer, reproduire les mêmes schémas à l’infini.

 

S’il utilise donc en forme de titre certaines classifications, elles sont de suite réduites à néant par un détournement : Néo Post Retro Futuring, Iconoclassicisme, ou encore Post Néo Crétinisme. Les adeptes du post-modernisme n’ont qu’à bien se tenir, d’autant que l’artiste s’inclut lui-même dans ce grand ballet des étiquettes, proclamant sur ses toiles, à l’instar d’Iggy Pop, « I’am an Idiot », ou se désignant, en homme de ménage dévastateur, comme « Master Wasset ». Même son nom à consonance italienne devient matière à ironie. Impeduglia (en dialecte sicilien, « qui s’emmêle les pinceaux », ça ne s’invente pas), artiste francophone, pose sa signature bien en évidence sur un piédestal au sommet d’une (é)toile, mais souvent la fait précéder d’un « van » néerlandophone (pour « Vannerum », hommage au nom d’origine flamande de sa mère), qui, dans le cadre d’une Belgique institutionnellement complexe comme un Rubik’s cube, lui donne une joyeuse note d’absurdité identitaire.

Rubik’s cube, disions-nous. Le monde pictural d’Impeduglia est en effet sans valeurs dominantes. Au contraire, tout s’y joue à parts égales. Jeu dans l’espace de la toile, car l’artiste y entremêle sans distinction hiérarchique des formes imaginaires, anecdotiques ou construites, avec un dessin volontairement malhabile, un toucher approximatif, pratiquant toutefois l’usage régulier de la perspective isométrique. Jeu encore dans l’utilisation de quelques figures récurrentes : plongeant ses pinceaux dans la hotte de l’univers cathodique, il fait ricocher très librement les gimmicks des jeux vidéos avec des dessins animés populaires japonais. Impeduglia, également amateur de films de série B et de nanars du cinéma italien et américain des années 70-80, a une affection particulière pour les personnages ringards, des losers ou des seconds rôles un peu à la marge. L’artiste a introduit ainsi subrepticement dans ses toiles, et pour de courtes périodes, des (anti-)héros de comics ou cartoons américains qui ramènent à l’enfance – la liste n’est pas close, où l’on peut repérer au fil des ans, en clin d’œil sporadique, Snoopy, Wally Gator, Bob l’Eponge, Cookie Monster… Il associe encore les crânes humains et autres calaveras, synonymes des « vanités », avec des poulpes géants plutôt sympathiques et des plantes vertes en plastique coincées dans des pots de matière synthétique.

Cette omniprésence du jeu – auquel Impeduglia aime s’adonner dans la vie courante, adepte resté fidèle aux consoles vidéos – établit une filiation assez particulière entre les œuvres de l’artiste et la galaxie des premiers jeux vidéos, Zaxxon, Paperboy, Congo Bongo… qui tous virent le jour au début des années 80. De la même manière que le jeu Tetris, dessiné et programmé par l’ingénieur soviétique en informatique Alekseï Pajitnov en 1984, est né de la contraction du mot grec « tetra » (quatre) et du mot « tennis », sport favori du chercheur de l’Académie des Sciences de Moscou, il reste encore à inventer un néologisme pour désigner ce sampling visuel et pictural assez particulier dont Impeduglia a fait sa marque de fabrique.

Toutes ces figures très concrètes et joyeusement débridées jaillissent sans crier gare, surgissent au beau milieu d’une carte géographique imaginaire. La voici recouverte par des pyramides aztèques et des mausolées babyloniens, des montagnes russes, des tables à angles vifs mais posées de guingois, ou encore des usines à gaz de toutes dimensions. Le spectateur est invité à remonter le temps, le sien, et à visualiser une sorte de grande cour de récréation colorée, dont les caractères hybrides et multiformes ne proposent pas non plus une lecture à sens unique. Souvent, un losange noir ou rouge ceinture le terrain de jeu – mais sans refermer le cadre de la toile –, et marque tel emplacement d’une empreinte plus sombre. Des formes angoissantes et morbides viennent alors hanter l’espace, comme ce clown blanc dont les yeux projettent des éclairs rouges, ou encore ce masque totémique tri ou quadrangulaire, bleu ou noir, explicitement référencé comme une variation du Schtroumpf dessiné par Peyo. Marqué par les rides et des scarifications sur le visage, le bonnet blanc fissuré de lignes noires (ou l’inverse), le petit lutin a grandi, oublié sa bonhommie et perdu sa joie enfantine. Il semble entré dans l’ère des mutants morts-vivants et des zombies de nos cités, en quête de substances aux effets hallucinatoires.

 

Dans ce territoire pictural non clos, où s’accumulent les symboles les plus diversifiés et dans tous leurs éclats, les éléments collectés et réunis par l’artiste au gré de ses œuvres font également un signe aux pierres de silex cherchées et rassemblées toute sa vie par Robert Garcet (1912-2001), personnage singulier et marginal qui fait partie intégrante de l’histoire de l’art brut, et apprécié par Impeduglia. Garcet, artisan-tailleur de pierres en région liégeoise, poète, peintre et chercheur autodidacte, s’intéressait aux origines préhistoriques de l’être humain. Son œuvre majeur reste, haute de trente-trois mètres et ornée de symboles ésotériques et apocalyptiques, la construction de la Tour-musée d’Eben-Ezer (à Eben-Emael). L’ampleur de son questionnement personnel et la démesure de son entreprise poétique furent saluées par Harald Szeemann, qui exposa certaines des œuvres de Garcet (1) dans son exposition ultime, Belgique Visionnaire, au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles en 2005.

« On pourrait écrire tout un livre de philosophie sur une balle et un sol très légèrement incliné, et sur le moment où la balle commence à rouler. Je m’intéresse énormément à toutes ces bêtises », déclarait Philip Guston en 1966. C’était peu de temps avant que le peintre américain ne jette aux orties ses œuvres abstraites – et la renommée qui l’accompagnait – pour défricher, avec le scandale qui s’ensuivit, les territoires d’une peinture figurative volontairement grossière, s’attachant aux objets et aux formes les plus triviales du quotidien. De la même façon, on pourrait savoir gré à Laurent Impeduglia de nous emmener dans une contrée où les faux-semblants ne sont pas de mise, et où il faut toujours regarder vers un ailleurs qu’il prend soin de ne pas déterminer. Dans son univers pictural, il place côte à côte des moments de vie, des instantanés visuels, qui figurent largement le chaos joyeux ou ténébreux, la sauvagerie anarchique de nos sociétés d’aujourd’hui, mais également celle du monde, kaléidoscopique, déboussolé et déboussolant, de l’art contemporain. Le bien et le mal y ont leur place, sans qu’a priori nous n’ayons reçu de l’artiste les lunettes magiques qui permettent d’en dégager les sens multiples.

Le point d’équilibre, la Colonne sans fin qu’avait imaginée Brancusi, devient pour Impeduglia une sorte de questionnement existentiel ininterrompu, où l’artiste, familiarisé à l’alchimie, notamment par les écrits à ce propos de Jacques van Lennep (2) s’empare d’un tablier, explore quelques-unes de ces formes, et recharge en munitions quelques-uns de ses outils de travail. « Visita Interiora Terrae Rectificandoque Invenies Occultum Lapidem », « Visite l’intérieur de la terre et en rectifiant tu trouveras la pierre cachée », dit explicitement la formule célèbre des chercheurs de la pierre philosophale. Que l’on sait pouvoir être résumée par le sulfureux acronyme de V.I.T.R.I.O.L… Le danger et sa résolution, la quête de sens et sa montagne d’obstacles. Vitriol c’était déjà, en 2008, le titre d’une exposition de Laurent Impeduglia.

 

Alain DELAUNOIS, critique AICA et chargé de cours à l’Ecole supérieure des Arts de Liège

 

Notes : 

(1) Sur Robert Garcet, voir le site www.musee-du-silex.be

(2) Jacques van Lennep, Art et Alchimie, Bruxelles, Meddens,1966 ; Alchimie. Contribution à l’histoire de l’art alchimique, Bruxelles, Crédit communal, 1984 ; Une pierre en tête. Travaux d’alchimie. Crisnée, Yellow Now, 2007.Alain Delaunois, in Petit Guide de l’Irrévérence (au Pays de Liège), Centre Wallonie-Bruxelles/Centre wallon d’art contemporain/Yellow Now, Crisnée, 2011

 

 

 

 

Foires & Expositions

18 avril - 30 mai 2015 - The Holy Mountain

Bibliographie

The Holy Mountain - catalogue d'exposition - 18 avril-30 mai 2015 - textes d'Alain Delaunoy et de Viktoria von der Brüggen

Ses œuvres

Oeuvre de Laurent Impeduglia

Sans titre (détail), 2015

fusain et mine de plomb sur papier - 84 x 62 cm - collection particulière

Oeuvre de Laurent Impeduglia

Sans titre, 2015

fusain et mine de plomb sur papier

Oeuvre de Laurent Impeduglia

Sans titre, 2015

fusain et mine de plomb sur papier

Oeuvre de Laurent Impeduglia

Sans titre, 2015

fusain et mine de plomb sur papier

Oeuvre de Laurent Impeduglia

Sans titre, 2015

fusain et mine de plomb sur papier

Oeuvre de Laurent Impeduglia

Sans titre, 2015

fusain et mine de plomb sur papier - 40 x 30 cm

Oeuvre de Laurent Impeduglia

Sans titre, 2015

fusain et mine de plomb sur papier

Oeuvre de Laurent Impeduglia

Sans titre, 2015

fusain et mine de plomb sur papier

Oeuvre de Laurent Impeduglia

Sans titre, 2015

fusain et mine de plomb sur papier

Oeuvre de Laurent Impeduglia

Sans titre, 2015

fusain et mine de plomb sur papier

Oeuvre de Laurent Impeduglia

Sans titre, 2015

2015 - fusain et mine de plomb sur papier

Oeuvre de Laurent Impeduglia

Sans titre, 2015

fusain et mine de plomb sur papier - 30 x 40 cm

Oeuvre de Laurent Impeduglia

Sans titre, 2015

fusain et mine de plomb sur papier - 65 x 48 cm

Oeuvre de Laurent Impeduglia

Mysterium Magnum, 2015

fusain et mine de plomb sur papier

Oeuvre de Laurent Impeduglia

Sans titre, 2015

fusain et mine de plomb sur papier - 65 x 48 cm

Oeuvre de Laurent Impeduglia

Sans titre, 2015

fusain et mine de plomb sur papier - 32 x 21 cm

Oeuvre de Laurent Impeduglia

Sans titre, 2015

fusain et mine de plomb sur papier - 32 x 21 cm

Oeuvre de Laurent Impeduglia

Sans titre, 2015

fusain et mine de plomb sur papier - 32 x 21 cm

Oeuvre de Laurent Impeduglia

Sans titre, 2015

fusain et mine de plomb sur papier - 32 x 21 cm

Oeuvre de Laurent Impeduglia

Sans titre, 2015

fusain et mine de plomb sur papier - 40 x 30 cm

Oeuvre de Laurent Impeduglia

The Holy Mountain (détail), 2015

fusain et mine de plomb sur papier - 65 x 48 cm

Oeuvre de Laurent Impeduglia

Sans titre, 2015

fusain et mine de plomb sur papier

Oeuvre de Laurent Impeduglia

Sans titre, 2015

fusain et mine de plomb sur papier - 40 x 30 cm

Oeuvre de Laurent Impeduglia

Sans titre, 2015

fusain et mine de plomb sur papier - 40 x 30 cm

Oeuvre de Laurent Impeduglia

Master of the Dunjeon (détail), 2010-2011

Huile sur toile - 200 x 140 cm

Oeuvre de Laurent Impeduglia

Memorial Van Impeduglia (détail), 2010

Huile sur toile - 200 x 200 cm

Oeuvre de Laurent Impeduglia

Sans titre, 2014

Huile sur toile - 90 x 60 cm

Oeuvre de Laurent Impeduglia

State of Enchantment, 2010

Huile et acrylique sur toile - 195 x 280 cm

Oeuvre de Laurent Impeduglia

Glorious Bastards (triptyque) - (détail), 2015

Huile sur toile - 190 x 420 cm (3 toiles de format 190 x 140 cm)

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