Jean-François Kaiser Galerie
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Marie Freudenreich

Biographie

Marie Freudenreich vit et travaille à Mulhouse

Tentative d’ explication de mes peintures :

Tout d’abord, c’est pour voir ce qui se passe quand une couleur en touche une autre, qui peut-être en touche une autre…

Eventuellement ça raconte des histoires. Des histoires fausses, quoique…

Je repense parfois à cette chanson dont Blanche chante quelques mots dans « a streetcar named desire » (un tramway nommé désir) de Tennessee Williams :

« It’s only a paper moon, sailing over a cardboard sea… » (ce n’ est qu’une lune en papier, voguant sur une mer de carton)

C’est un peu ça, mes peintures. Un monde qui tient avec du scotch. Comme si l’image que nous percevons comme la « réalité » n’était qu’un décor de carton, prêt à s’envoler au premier coup de vent. Une illusion d’optique qui cache à peine, comme une jupe trop courte, le vide qui nous entoure : le cosmos immense et noir, l’éternité de mort qui encadre nos vies.

La fragilité de tout ce que nous connaissons. Quand deux couleurs sont juxtaposées, elles sont vraiment bord à bord. Il n’y a pas de chevauchement, aucune marge de sécurité. Si on les écartait d’un demi millimètre, on découvrirait l’abîme caché derrière.

_ Marie Freudenreich

 


 

Marie Freudenreich partage son activité entre la sculpture, la peinture, l’estampe et les installations, reflet des ses différentes formations : ENSBA Nancy, Art Students League de New York.

C’est sans doute dans son œuvre graphique et picturale que les références (Klee, William Blake, Jacob Lawrence) semblent les plus décelables, sans que cela occulte le caractère entièrement personnel de l’univers de l’artiste. Marie Freudenreich nous ouvre les portes d’un monde où le silence est plein de rumeurs, et où le vide se densifie par la couleur.

On observe, entre les estampes et les peintures, une différence notable de sujet : les unes traitent des individus, les autres de l’espace, mais souvent aux limites de l’abstraction. Les deux sont rarement mis en présence l’un de l’autre, sans être pour autant séparés : une silhouette perdue dans l’immensité de quelques centimètres carrés de papier suffit à exprimer la relation complexe d’un être à son environnement. A l’inverse, les peintures aux couleurs intenses esquissent des espaces paradoxaux d’où toute présence humaine est absente, mais où le titre suggère une anecdote, où une porte, une table appellent une vie située hors champ.

Si ce hors champ était de notre côté, justement ? Comme peu d’autres, cet art requiert notre attention, sous deux formes : un regard, et un temps partagé. Le regard est forcément rapproché, dans la vie du détail qui donne mouvement et échelle au travail. D’abord égarée par le peu de repères ou par la modestie du format, la perception prend son assise. Les aplats se déplient et deviennent plans articulés, la surface se fait suggestion du volume. A l’envergure de l’espace répond la vie de la matière, qui est parcourue de touches légères ou de sillons plus autoritaires, manifestant une sorte de courant souterrain qui met en mouvement la couleur. La tempera ou la caséine utilisées par l’artiste permettent de conserver ces traces d’outils, et d’animer les surfaces en les creusant. Les nuances fines, les rapports tendus entre des couleurs avançant ou reculant peuvent parfois évoquer Josef Albers. Comme chez lui, on a donc une peinture d’idées qui réclame une perception précise et incarnée, et des signes qui ont toute la tangibilité des choses elles-mêmes.

Tout contribue à l’unité du ton et de la manière : la fragilité du papier renvoie à la vulnérabilité des lignes ou des personnages, alors que la netteté des contours et des plans articule un monde paradoxal, entre intérieur et extérieur. Le côté fragmentaire de bien des personnages, le caractère lacunaire des maisons – dont seule une porte est indiquée, qui suffit à transformer l’espace – recouvrent une distance persistante quant à la représentation. De même pour les titres, généralement donnés après coup.

Comme l’indique Marie Freudenreich, le titre d’une de ses œuvres pourrait faire office de devise pour tout son travail : What matters is all that’s missing [« ce qui est compte, c’est tout ce qui manque »]. Mais le vide ou le manque se remplissent bientôt de projections, au sens propre d’espace à construire comme au sens figuré de ce qui lie le spectateur à l’artiste.

_ Stéphane Valdenaire

Marie Freudenreich est née en 1975 à Colmar.

Foires & Expositions

6 - 21 janvier 2017 - EDEN / exposition collective

Ses œuvres

Oeuvre de Marie Freudenreich

Sans titre (détail), 2015

Tempera à l'oeuf sur papier chinois - 34 x 27 cm

Oeuvre de Marie Freudenreich

Block-House (détail), 2013

Tempera à l'oeuf sur papier chinois - 25,8 x 33,6 cm

Oeuvre de Marie Freudenreich

Passages (détail), 2011

Tempera à l'oeuf sur papier chinois - 25 x 37,2 cm

Oeuvre de Marie Freudenreich

L'ombre d'une table (détail), 2015

Tempera à l'oeuf sur papier chinois - 27,5 x 34,5 cm

Oeuvre de Marie Freudenreich

Le couvre-lit vert (détail), 2009

Tempera à l'oeuf sur papier chinois - 37 x 27,5 cm

Oeuvre de Marie Freudenreich

Médéa, 2014

Tempera à l'oeuf sur papier chinois - 22,5 x 18,2 cm

Oeuvre de Marie Freudenreich

Blood poured out like a ribbon (détail), 2016

Tempera à l'oeuf sur papier chinois - 33,3 x 25,2 cm

Oeuvre de Marie Freudenreich

Conversation piece (détail), 2014

Tempera à l'oeuf sur papier chinois - 31,7 x 25,4 cm

Oeuvre de Marie Freudenreich

Le sang coula comme un ruban (détail), 2016

Tempera à l'oeuf sur papier chinois - 34,8 x 26,8 cm

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