Jean-François Kaiser Galerie
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Marius Pons de Vincent – Chloros

Passée

27 avril 2017 - 30 juin 2017

Papiers peints sur fond vert, 2016 - huile sur toile - 130 x 195 cm

- Papiers peints sur fond vert, 2016 - huile sur toile - 130 x 195 cm

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Au commencement était le vert. Pour le vérifier, allons au bout de la galerie à la rencontre du grand format intitulé « Papiers peints sur fond vert ». Des naturistes y figurent dans une toile à l’évidence naturaliste. Nous sommes à la campagne, dans une sorte de Déjeuner sur l’herbe peut-être un peu plus guindé que l’original. Curieusement, par l’effet de la traduction en peinture de photos recueillies par Marius Pons de Vincent sur des blogues naturistes, nous nous trouvons devant un vrai paradoxe : ces personnages revus et corrigés par le pinceau de l’artiste semblent plus déshabillés que s’ils se promenaient tout aussi dévêtus en pleine rue. Plus nus que nus ! Cela vient certainement du fait que, dans l’état de nature, nos cousins des Arts Premiers ont toujours le souci de porter un pagne, et que cette légère et subtile différence suffit à semer le trouble dans l’œil du peintre et, partant, dans celui du spectateur. Par ailleurs, au-delà des paysages verdoyants dans lesquels ces nudistes se complaisent à se photographier, la présence du fond vert du tableau rend celui-ci particulièrement propice à l’imaginaire qu’autorise notre époque numérisée. C’est en effet devant un même fond vert que se meuvent aujourd’hui devant la caméra les acteurs de cinéma, avant que le décor du film ne vienne ensuite les envelopper en complétant l’image. Certaines œuvres de Pierre Bismuth, sous divers formats, le démontrent : rien de plus nourrissant pour l’esprit qu’un fond uniformément vert sur lequel chacun viendra imaginer qui son décor préféré, qui son récit favori. A travers ce subterfuge, l’artiste nous donne la liberté d’inventer le cadre dans lequel pourrait batifoler et s’ébattre dans tous les sens cette faune, naturalisée une bonne fois pour toute sous son pinceau. Bienvenue chez Chloros !

La nature exacerberait-elle un impétueux besoin de copulation? L’on songe par exemple à ce tableau de Matisse intitulé Nymphe et Satyre, où celui-ci course celle-là, tous deux roses de confusion, sur un fond d’un vert-gazon du meilleur effet aphrodisiaque. La verdure stimulerait-elle donc les sens ? Les œuvres de Marius n’éludent pas la question, même si parfois ses personnages ne semblent prendre à l’acte qu’un plaisir mécanique. Où git le mystère de ce vert si souvent galant ? Osons une hypothèse tirée de la science : la chlorophylle est considérée comme l’hémoglobine des plantes. Le magnésium qu’elle contient, indispensable à la photosynthèse, y joue le même rôle que le fer dans le sang chez l’homme. Et quand on sait que la chlorose est une anémie par manque de fer caractérisée par une pâleur verdâtre de la peau chez l’être humain, la boucle est bouclée. Le vert-végétal et le rouge-sang, couleurs que l’on aime à considérer comme complémentaires, parlent bien de la même chose. Il s’agit de pigments essentiels et de fluides. Il s’agit de la vie, et de sa force.

Mais revenons à la peinture car, si le vert est présent dans presque tous les tableaux exposés, il sert aussi à affirmer l’art du peintre. Michel Pastoureau est là pour nous rappeler que le vert est une couleur techniquement instable, et difficile à fixer. Mais la subtile composition en dégradés de verts et de gris du tableau intitulé « La planche », le portrait de profil du « Papa » (profil que l’on comparera ensuite avec celui des autoportraits de l’artiste) et sa touche lumineuse de vert jaillissant du tableau accroché au mur, l’autoportrait en pied de l’artiste nu dans la position du peintre de chevalet, debout sur une toile verte, viennent aisément démontrer la maîtrise des couleurs et de la composition de ce dernier. L’une de ces toiles cependant, qui représente un petit immeuble en pleine nuit, puissamment éclairée de l’intérieur à l’exception d’un appartement au dernier étage d’où l’on voit à travers les fenêtres le ciel sombre et nuageux du fond, ne contient pas de touches évidentes de vert. Préfigure-t-elle, dans les couleurs et le sujet, une nouvelle façon ?

L’atelier. Poursuivons notre découverte et entrons dans l’atelier du peintre, en ayant toujours à l’esprit que le fil rouge de cette exposition, c’est le vert… Nous sommes ici au cœur du sujet : la peinture. Les palettes représentées sont à l’image du labeur quotidien du peintre, qui passe en quelque sorte aux aveux : il est aux fourneaux et nous livre par touches colorées les secrets de fabrication des mélanges qu’il emploie pour obtenir les nuances de ses tableaux. La démonstration est parfaite. Comment mieux expliquer la genèse d’un tableau si ce n’est en prenant connaissance de la palette du peintre et, ce faisant, de ses essais, de ses erreurs, de ses errances ?

Plus loin, nous découvrons aux murs ce qui reste après la peinture. Un témoignage modeste et pourtant essentiel : il s’agit des chiffons jetés à terre, froissés, plissées, résultats de l’action de peindre de sa compagne d’atelier Camille Brès. Un témoignage de leur précieuse noblesse grâce à ces toiles qui les mettent à l’honneur.

En allant ainsi à l’essentiel à travers l’image sublimée de ces humbles natures mortes, nées de l’ouvrage à l’atelier, l’artiste nous livre un très bel exemple de peinture narrative.

Et que dire de la perfection du travail de relief dans les trois tableaux « Vol 1, Vol 2 et Vol 3 » évoquant des avions en papier, et qui relèvent de la même veine ? Que l’on y parle de légèreté, tout en travaillant à la représentation d’un objet. C’est aérien, tout simplement.

Le peintre est son modèle. Faire ses gammes devant son chevalet, l’artiste y est tenu en permanence. Une bonne vingtaine d’autoportraits de même format, réalisés sur plusieurs années, viennent confirmer cet exercice salutaire. L’artiste nous présente là son patient travail sur la couleur, la composition, la façon. Le meilleur modèle, le plus obéissant en tous cas, n’est-il pas soi-même, toujours là en même temps que son peintre, prenant les poses souhaitées sans broncher ni fatigue ? Une observation attentive de son propre visage, certes, mais pas une introspection, ni même une interrogation. Juste un entrainement avec soi-même, la Lutte avec l’Ange. Et le résultat vient prouver s’il en était besoin l’étendue du talent de notre artiste, et laisse entrevoir de bien belles évolutions. Nous entrons là dans la vaste galerie des possibles.

Retournons à présent dans la grande salle pour nous remplir les yeux de ce tableau à la Magritte, un peu surréaliste, où l’on voit une peintre déguisée en modèle (ou peut-être l’inverse ?), dénudée et cependant couverte, fricotant sous la jupe d’une sorte de girafe-cheval, et où les références à la peinture de chevalet et à la chambre photographique se croisent et se complètent dans une belle fantaisie. Levons le voile… Attention, le (vert) petit oiseau va sortir !

Jacques Stoll, critique d’art, écrivant notoire.


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